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Pardonner à ses parents, c'est faire la paix en soi ("vergeven...")

SAGESSE par Rosette Poletti - Le Matin Dimanche, du 24.8.2014, page 67

"Mon enfance n'était pas belle. Mes parents me donnaient beaucoup de travail à la ferme. Les coups et les cris fusaient. Pas d'affection ni de paroles encourageantes. Je ne les ai pas revus depuis vingt-cinq ans et je leur en veux toujours."

Le passé de notre correspondante l'a rattrapée lorsque ses enfants ont voulu rencontrer leurs grands-parents, au Portugal. Elle s'estime chanceuse d'être arrivée en Suisse, d'avoir un bon travail et un époux, dont la famille est devenue la sienne. Aujourd’hui, elle a peur de remuer son passé. Son mari l'encourage à reprendre contact, à "tourner la page". A leur pardonner.

On pense parfois que de mettre de la distance entre une ou des personnes et nous peut résoudre les problèmes. Ce n'est pas vraiment le cas. L'histoire ne s'arrête pas là. Ceux qui nous ont élevés, avec leurs manquements et leurs points positifs, nous ont marqués. Nous portons en nous cet enfant que nous avons été, avec tout ce qu'il a vécu. On peut tenter de l’oublier, prétendre qu’il n’existe pas, il se rappelle à nous aux moments les plus inattendus.

Un héritage commun

Les relations que l’on a entretenues avec notre père et notre mère nous influencent, qu’on le veuille ou non. C'est la raison pour laquelle, chaque fois que c’est possible, il vaut la peine de pardonner et de se réconcilier. Cela n’implique pas que l’on renoue des liens importants, mais plutôt que l'on fasse la paix en soi et avec les autres pour mieux vivre.

Il arrive souvent que les petits-enfants demandent des informations, curieux de cette branche de leur arbre généalogique qu’ils cherchent à connaître. C'est tout un héritage qui leur appartient aussi: la langue maternelle de leur mère, le pays d'où elle vient.

La première chose à faire est de décider si l’on veut renouer ou rétablir la relation. Si c’est le cas, il est important de s’y préparer. Pour cela, on peut se poser la question: est-ce que j’en veux encore à mes parents? Est-ce que je ressens encore de la colère? Ou peut-être de la tristesse? Si la réponse est affirmative, il peut être utile de leur écrire une lettre où l’on dira toute la colère ou la tristesse ressentie. Cette lettre ne sera pas envoyée, mais brûlée. Il arrive que l’on ait à la réécrire plusieurs fois pour retrouver le calme intérieur.

On peut aussi utiliser la technique de la visualisation, dont le but consiste à s’imaginer qu’on est un bel arbre aux racines profondes. De nombreux clous sont plantés dans le tronc, représentant les offenses et les blessures subies. On imagine en un vieux jardinier, bienveillant et amoureux des arbres. Il enlève doucement une clou après l’autre et colmate les trous avec une pâte cicatrisante. Voilà. L’arbre a retrouvé l'harmonie.

A partir de cette paix retrouvée, on peut maintenant écrire une lettre ou un courriel aux parents pour leur dire le désir de les revoir et de les présenter à ses enfants (leurs petits-enfants). Une lettre permet à ceux qui la reçoivent de réfléchir tranquillement. Ensuite, il faut attendre la réponse. Si après deux ou trois mois rien ne vient, on peut tenter de téléphoner. Ce type de démarche n'aboutit pas toujours! Certains parents ne désirent pas renouer. Il se sont blindés et pour eux, la rupture est irrévocable. Mais il est important de tenter la réconciliation le cœur paisible.

Tourner la page ne veut pas dire oublier. Cela ne signifie pas non plus se retrouver dans une situation idéale. Chacun évolue et, peut-être, change dans une direction inattendue. Tourner la page, c'est lâcher - prise du ressentiment, de la rancune, des regrets. C'est accepter que la vie est ce qu'elle est, ce qu'elle a été et décider de vivre pleinement le présent, tout en pardonnant, si c'est possible en se souvenant que les parents, même lorsqu'ils non pas été "compétents", ont fait ce qu'ils pouvaient faire avec ce qu'ils avaient eux-mêmes reçu.

Partager avec ses enfants

Selon l'âge de ses propres enfants, il peut être très bénéfique de partager avec eux tout ce processus, car apprendre à tourner la page, à pardonner et peut-être réconcilier, c'est l'un des apprentissages les plus importants dans la vie. Un auteur dont j'ai oublié le nom écrivait: "On est vraiment heureux le jour où l'on peut accepter ce qui est et en faire quelque chose de positif."

A vous, chère correspondante, nous souhaitons courage et discernement et à chacun de vous, amis lecteurs, une très belle semaine.

Avec la collaboration de Barbara Dobbs.



POUR ALLER PLUS LOIN, A lire:
«Il n'est jamais trop tard pour pardonner à ses parents», de Maryse Vaillant, Ed. Martinière.
«Le don du pardon», d'Olivier Clerc, Ed. Guy Trédaniel.
«Le pardon radical appliqué à soi-même», de Colin Tipping, Ed. Guy Trédaniel.

Source: Le Matin Dimanche, du 24.8.2014, page 67
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