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Compare: Parents hélicoptères

L'autre ne nous appartient pas

«Mon ex-femme tient mes enfant sous sa coupe. Elle les influence, et maintenant ils refusent de me voir. Je voudrais tellement avoir une relation harmonieuse avec eux, mais je suis persuadé qu’ils n’ont plus le pouvoir de leurs décisions!»

L'autre ne nous appartient pas.

Notre correspondant nous raconte dans une longue lettre la douloureuse histoire de son divorce et des affres subies pour tenter de maintenir un semblant de relation avec ses enfants. Il parle aussi de ce que ces derniers ont vécu, de leurs difficultés et maladies diverses.
Il est certain qu’il reste beaucoup à faire pour assurer aux deux parents l’accès régulier à leurs enfants. Il existe des situations dans lesquelles ces contacts ne sont pas recommandés, mais, dans la plupart des cas, il est essentiel que les enfants puissent voir régulièrement le parent qui n’en a pas la garde. Ces dernières années, les choses ont évolué, les pères voient leurs droits mieux reconnus, et l'autorité parentale conjointe devient un acquis.

Les conflits qui perdurent

Dans la lettre de notre correspondant, le divorce a eu lieu il y a plus de trente ans. Les enfants sont adultes et choisissent qui ils veulent voir et avec qui ils veulent couper les ponts. Aucune autorité extérieure ne peut les obliger avoir des contacts avec leur père ou leur mère. Multiplier les démarches — courriers, téléphones, recours à des juristes — ne fait qu’envenimer la situation. Il arrive un moment, évidemment très difficile, où il faut accepter de tourner la page.

L’Américain Wayne Dyer a écrit: «Vous n’aurez jamais assez de ce dont vous ne voulez pas!» Cette phrase m’avait interpellée jusqu’à ce que je la comprenne vraiment. En réalité, si l’on observe des personnes alcooliques ou dépendantes de la drogue ou prises dans d’incessants conflits, on prend conscience qu’elles n’ont jamais assez de ce qu’elles cherchent à fuir. En d’autres termes, c’est au moment où l’on cesse de vouloir modifier cet état de choses et que, au contraire, on se concentre sur qui l’on est, sur sa dimension spirituelle, sur un but positif, que l’impression de manquer de quelque chose s’estompe. Se concentrer sur les conflits les fait durer.

Tourner la page, cela commence par changer sa manière de penser. Lorsqu’on dit «ma femme», «mon mari», «mes enfants», on peut être induit en erreur! Cet autre, même s’il est un membre de ma famille et même s’il est mon enfant, ne me doit rien! Il n’est pas a moi, pas plus que je ne suis a lui.

En général, des lois précisent les responsabilités des uns envers les autres. Ayant choisi de mettre un enfant au monde, les parents ont des responsabilités jusqu’à ce qu’il devienne adulte. Dans certains pays, les choses s’inversent quand les parents perdent leur autonomie en vieillissant. Chaque culture a ses exigences dans ces domaines, mais ce qui est certain, c’est que l’on ne peut exiger l’amour de qui que ce soit - l’autre est autre, même s’il est un conjoint, un enfant, un parent.

Lorsqu’on parvient à se vider de tout jugement, de toute exigence, lorsqu’on peut accepter ce qui est, on accède a une véritable liberté: «Mon mari, ma femme, mon enfant ne me doivent rien! Leur présence est un cadeau, chacun n’est responsable que de son âme. Il n’y a pas d’obligation sur le plan affectif; je suis reconnaissant pour ce qui m’est donné, et c’est tout.»

Un long chemin

Ce qui est vrai dans le cadre de la famille, du couple, l’est aussi dans la vie quotidienne: «Lorsque j’ai des attentes, des exigences par rapport aux autres (hormis les exigences contractuelles du type employeur-employé ou client-fournisseur), j’ai beaucoup de chances d’être déçu. Au contraire, si je n’ai aucune attente, que je suis simplement dans la gratitude pour ce qui m’est donné, je recevrai, très certainement, beaucoup plus.» Pour nous, Occidentaux, cette manière d’être demande un long apprentissage. Nous avons été encouragés a demander, à exiger, à nous faire respecter, à nous affirmer, alors, imaginer des interactions sans attente et sans jugement peut paraître irréaliste. Cependant, si l’amour et l’harmonie sont les priorités recherchées, la pratique de l’acceptation inconditionnelle de l’autre est la seule voie. La vie est ce qu’elle est, rien de plus rien de moins. On ne peut pas être heureux si on cherche absolument à avoir raison ou si on passe son temps à exiger que les autres se comportent comme on l’attend. En réalité, lorsqu’on fait dépendre son bien-être du comportement de l'autre, on permet à celui-ci de nous contrôler et, de fait, on renonce à sa liberté intérieure. Au lieu d’exiger, de juger, on peut offrir de l'amitié, de l'amour, de l'acceptation inconditionnelle. C'est celui qui donne qui reçoit le plus.

Il n’y a pas de meilleure conclusion que ce qu’écrivait Bernard Besret dans «Du bon usage de la vie»: «Avant d’agir dans quelque domaine que ce soit, interrogeons-nous pou savoir si ce que nous entreprenons va contribuer à l’épanouissement réel de notre vie et de celle des autres, ou si, au contraire, directement ou indirectement, notre action ne sera pas facteur de mort.»

A vous, cher correspondant, nous souhaitons la capacité de lâcher prise et de tourner la page, et à chacun de vous, amis lecteurs, une très belle semaine.

Source: Le Matin Dimanche, du 1.9.2013, page 77

"Sagesse" par Rosette Poletti
Avec la collaboration de Barbara Dobbs
A lire
«Changez vos pensées, changez votre vie», et «Le virage», Wayne Dyer, Ed. Trédaniel.
«Le jour où mes parents ont divorcé - Des adultes témoignent», Agathe Fourgnaud, Ed. Presses de Renaissance.

[© LeMatinDimanche. Réproduction uniquement pour utilisation privée.]


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