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Sagesse Par Rosette Poletti

"Ma femme critique tout le monde sans cesse: moi, nos enfants, nos voisins, les enseignants, la concierge..."

Quand les mots font mal
Notre correspondant poursuit:

"Ma femme trouvera toujours quelque chose à redire: "Ils sont nuls, incapables, des crétins." Moi, je suis un incapable, les enfants n'arriveront à rien d'après elle et elle le leur fait savoir. Au début de notre mariage, j'avais bien remarqué ce côté de sa personnalité, mais c'est allé en empirant, et maintenant je ne suis plus le seul à en souffrir, les enfants sont souvent découragés et touchés par ses critiques. Que faire?"
Les critiques
Contrairement à ce que certains croient, les mots peuvent faire mal. Tout enfant qui a été qualifié de "stupide", "maladroit", "gros lard" témoignera volontiers de la douleur émotionnelle ressentie. Que l'on soit enfant ou adulte, toute injure ou qualificatif négatif prononcés ou envoyés à une personne sapent son moral et engendrent le découragement. Si les critiques constructives permettent parfois d'avancer, elles sont rares. Trop souvent, les critiques sont utilisées pour dominer, contrôler, manipuler, décourager, projeter ses propres manques, sur un tiers et, surtout, tenter de le changer comme on voudrait qu'il soit.

Le psychologue William Schutz décrit trois types de besoins interpersonnels que chacun cherche à satisfaire en communiquant avec son entourage:

1. L'inclusion:
Le besoin d'être reconnu comme un individu distinct des autres, d'être l'objet d'attention et de reconnaissance, besoin satisfait quand l'entourage envoie des phrases positives et/ou constructives.

2. Le contrôle:
C'est la recherche de pouvoir sur la situation, ou désir de mener et d'influencer l'environnement. Chacun a un besoin différent de contrôle et des méthodes différentes pour prendre le pouvoir, la critique négative n'étant de loin pas le meilleur moyen.

3. L'affection:
C'est le fait de chercher à être aimé, à rencontrer des personnes chaleureuses et ouvertes. Lorsque ce besoin ne peut pas être satisfait au sein de la famille et parmi les proches, l'enfant, puis l'adulte, doute de lui et peut avoir recours à l'alcool, la drogue ou la délinquance pour éviter de ressentir le vide qui l'habite.

Ainsi, toute cette communication interpersonnelle vise à satisfaire les besoins d'inclusion, de contrôle et d'affection. Un entourage qui procure de la reconnaissance, permet d'exercer sainement de l'influence et de se sentir aimé aide à trouver un équilibre. Si, au contraire, ces besoins essentiels sont bafoués par des cris, des critiques, des injures et des sarcasmes, l'on a tendance à éviter les situations ou cela .se présente. Cela explique nombre de ruptures familiales et professionnelles.

Sortir de telles situations
Les situations douloureuses où l'on est critiqué injustement, insulté, jugé datent de l'enfance. C'est à ce moment-là que l'on apprend à utiliser quatre stratégies qui ne fonctionnent pas: se défendre, nier ce qui est reproché, contre-attaquer, s'écraser. S'écraser, faire semblant d'accepter les attaques peut apparaître comme une stratégie viable. Malheureusement, c'est à cause d'elle que des couples vivent l'enfer durant des décennies et que des enfants grandissent dans des familles où rien n'est jamais suffisamment bon ou bien fait pour être remarqué.

D'autres moyens peuvent modifier la situation en désamorçant les critiques:

1. Se montrer d'accord
avec une partie de la critique: "Tu as encore oublié de sortir les ordures! - Oui, c'est vrai, j'ai oublié."

2. Envisager que la critique
soit juste: "Vous êtes de nouveau en retard, c'est irritant à la fin! - Vous avez raison, je suis à nouveau en retard."

3. Reconnaître l'opinion de l'autre:
"Je ne comprends pas que vous aimiez cette fille, elle est ennuyeuse. - Je peux imaginer que vous la trouviez ennuyeuse."

4. Reconnaître qu'il existe d'autres options:
"La course à pied est un sport stupide qui endommage la plante des pieds. - C'est vrai que si j'avais choisi la natation, je ne courrais pas ce risque."

5. Utiliser l'humour:
"Est-ce que vous aviez .les yeux ouverts quand vous avez peint cette barrière? - Je suis sûr que l'un de mes yeux était ouvert, le deuxième, je n'en suis pas sûr."

Il arrive que ces stratégies ne résolvent pas le problème. Une négativité constante de la. part d'un proche est très difficile à supporter. Il vaut la peine alors de lui parler sérieusement et calmement et de lui faire part de son ressenti tout en lui proposant clairement de modifier la manière dont il parle. Parfois, l'avis objectif d'un conseiller conjugal ou d'un psychothérapeute est utile.

Contrôler ses paroles, éviter de dire ce qui peut blesser, humilier, choisir des mots qui font du bien, qui favorisent la croissance de l'autre et son estime de lui-même, voilà un programme qui permet d'accéder à la sérénité dans les rapports humains.

On pourrait conclure en citant à nouveau ici les trois filtres de Socrate: "Avant de dire quoi que ce soit, il est utile de se demander si ce que l'on veut dire est: vrai, utile et bienfaisant pour l'interlocuteur. Si ce n'est pas le cas, il vaut mieux garder le silence."

A chacun de vous, amis lecteurs, nous souhaitons une excellente semaine!

Avec la collaboration de Barbara Dobbs

"S'écraser, faire semblable d'accepter les attaques peut apparaître, à tort, comme une stratégie viable"
A lire
"Parle-moi, j'ai des choses à te dire", et "Heureux qui communique", Jacques Salomé, Pocket.
"Garder intact le plaisir d'être ensemble", Yves-Alexandre Thalmann, Ed. Jouvence

Source: Le Matin Dimanche du 30 novembre 2014, page 77 [© LeMatinDimanche. Réproduction uniquement pour utilisation privée.]

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